23.02.2008

Goooooooooood morning SERBIA...

Le début de la fin... 

Ultime sursaut de la crise balkanique des années 90, la crise du KOSOVO1 a été déclenchée par la modification du statut de cette province autonome de SERBIE par la révision de la constitution serbe en 1989. Lasses des exactions de l'armée yougoslave et de la politique de résistance passive prônée par Ibrahim RUGOVA, certains habitants du KOSOVO optent pour une action violente dès le début de 1996 au sein de l'armée de libération du KOSOVO (UCK). L'effondrement du gouvernement albanais en 1997 et le pillage des armureries de l'armée albanaise fournissent à l'UCK le moyen de mener une véritable guerre d'indépendance aux forces serbes. De 1989 à 1999, 850 000 kosovars albanais ont été expulsés du KOSOVO vers l'ALBANIE et la MACEDOINE voisines et 90% des albanophones ont été chassés de leurs foyers2. En février 1999, le groupe de contact – ALLEMAGNE, ETATS-UNIS, FRANCE, GRANDE-BRETAGNE et RUSSIE – produit un dernier effort diplomatique au château de RAMBOUILLET pour mettre un terme à la catastrophe humanitaire. L'échec de ces négociation conduit au déclenchement de l'opération « ALLIED FORCES », campagne aérienne destinée à affaiblir les capacités stratégiques du président Slobodan MILOSEVIC en SERBIE et ses capacités tactiques dans la province du KOSOVO. Après 78 jours d'opérations intenses, « ALLIED FORCES » est suspendue le 10 juin 1999. Les forces serbes quittent le KOSOVO et les forces terrestres de l'OTAN (50 000 hommes) stationnées en MACEDOINE pénètrent au KOSOVO le 21 juin en application de la résolution 1244-19993 des Nations-Unies dans le cadre de l'opération « JOINT GUARDIAN ».

Que s'est-il passé depuis?

Et bien... Il semble que la petite province de SERBIE se soit sentie pousser les ailes. Certes les serbes méritaient d'être arrêtés dans leurs opérations d'épuration ethnique conduites aux portes mêmes de la communauté européenne. De plus, les actions de la communauté internationale n'étaient encore pas parvenues à faire chuter Slobodan MILOSEVIC, tyran passéiste à qui l'on devait par ailleurs les heures les plus sombres des guerres balkaniques du début des années '90. Ainsi, l'action de l'OTAN portait en elle-même sa justification et ne nécessitait pas davantage le blanc seing de l'ONU. Celui-ci acquis tardivement, permet la mise en place d'UNMIK. Et depuis, la diabolisation de l'action serbe a marginalisé les serbes du KOSOVO... Ils ont à leur tour eu à subir cette forme d'épuration ethnique engendré par les « regroupements volontaires » de population. Ils ne représentent plus guère que 10% de la population de la petite province et se sentent certainement en danger...

Et alors ?

La mise sous tutelle du KOSOVO pour raison humanitaire ne donnait en revanche pas le droit à la communauté internationale de priver la SERBIE de ses droits de nation souveraine. La transition démocratique entamée en SERBIE, même si elle est particulièrement lente, aurait méritée d'être accompagnée différemment. La reconnaissance du nouvel État souverain risque d'introduire une jurisprudence difficilement gérable paraissant la communauté internationale. En effet, pourra-t-on refuser aux serbes du KOSOVO de clamer leur droit à l'autodétermination pour rejoindre la SERBIE voisine? Les serbes de BOSNIE n'enterreront-ils pas les 16 années d'efforts et les milliards de dollars investis par la communauté européenne pour faire de la BOSNIE un état souverain multi-ethnique et multi-confessionnel ? Comment la communauté internationale analysera-elle les mouvements séparatistes TAMOUL et TCHETCHENE ? Ne risque-t-on pas par ailleurs pas de voir les organisations non-gouvernementales terroristes (FARC) se convertir en très respectables « armées de libération » à l'instar de ce qu'était l'UCK dans la tourmente des années '90?

Et maintenant?

Il semble que la communauté internationale ait ici trouvé une nouvelle pomme de discorde à ronger dans cette nouvelle affaire du KOSOVO. Les nations européennes, très promptes à reconnaître l'indépendance de ce petit pays aux ressources minières pas si insignifiantes, semblent avoir mis en arrière-plan leur appui à la transition démocratique serbe. La RUSSIE, séculaire alliée de la SERBIE, ne semble pas prête à renoncer à ses engagements et pourrait durablement retarder l'entrée à l'ONU du nouvel État souverain. Son dynamisme économique retrouvé, ses réserves énergétiques, sa puissance militaire, sa volonté de retrouver une place de premier plan sur la scène internationale concrétisée par le développement de ses relations avec ses nouveaux partenaires du groupement d'intérêt BRESIL-RUSSIE-INDE-CHINE ont diminué sa dépendance à l'EUROPE et accru sa puissance diplomatique : elle peut aujourd'hui à nouveau se permettre de menacer, ce qui ne lui était plus arrivé depuis l'effondrement du pacte de VARSOVIE au début des années '90. Les États-Unis, ayant prouvé une nouvelle capacité stratégique (destruction d'un satellite espion hors d'usage), toujours soucieux d'affirmer leur leadership international même si celui-ci peut paraître affaibli depuis la résurgence d'une certaine puissance russe et l'émergence des nouveaux dragons chinois et indien, se montrent toujours enclins à embarrasser les européens qu'ils soient occidentaux ou non...

Conclusion provisoire :

L'indépendance du KOSOVO pourrait représenter bien plus qu'une menace régionale. Elle pourrait aussi bien poser de nouvelles règles pour la résolution des crises internes aux États et affaiblir le volontarisme des principaux contributeurs aux opérations de « peace inforcement ». La RUSSIE a peut-être raison : l'EUROPE ne doit certainement pas aller à l'encontre des règles de l'ONU, que ce soit au coeur même de ses frontières ou dans sa proche banlieue, au risque d'encourir les foudres d'un ogre qui pourrait bien être son futur, et de se mettre au ban des nations.

 
1 Voir quelques points de repère sur le KOSOVO (en anglais)
2 Human Rights Watch
3 Voir la résolution 99-1244 des Nations-Unies